Une femme devant une affiche de l'Unicef prônant l'arrêt de l'excision.

Excision: Le taux de prévalence atteint 85% au Mali

La pratique de l'excision reste largement répandue au Mali. Le pays figure en tête de ceux qui pratiquent les mutilsations génitales. L'Egypte arrive en tête, suivi de l'Ethiopie, du Nigéria, du Soudan , du Kenya et du Mal. Les mutilsations génitales son encore courantes dans 29 pays et concernent aujourd'hui une population de 125 millions de fillettes, de jeunes filles et de femmes. Le taux de prevalence est l'un des plus élevés en Afrique. Selon le Programme Natuional de Lutte contre l'Excision (PNLE) il représente aujourd'hui 85% des femmes en âge de procréer de 15à 49 ans. L'an dernier il était de 87%. Un chiffre qui ne correspond pas à celui de l'UNICEF qui dans son dernier rapport estime que 89 % des femmes au Mali sont victmes de ces pratiques soit 7,8 millions de femmes.

Questions à Mme Traoré Joséphine Keita directrice du "programme national de lutte contre l'excision".
Quelle est la situation au Mali?
"La pratique de l'excision est très répandue au Mali. Le taux de prevalence est l'un des plus élevés en Afrique. Nous sommes à 85% chez les femmes en âge de procréer c'est à dire de 15à 49 ans.
Toutes les régions sont concernées même s'il y a des disparités régionales. Par exemple dans la 1ère Région ( Kayes) nous sommes à 98% de pévalence contre de 4 à 6% à Kidal".
Les danger de l'excision sont connus. Jusqu'à présent cette pratique continue au Mali . Quels sont les freins à la lutte contre les mutilations génitales au Mali?
"Il est difficile de combattre cette pratique surtout quand elle concerne tout le Mali, et que cette pratique traditionnelle est encore ancrée dans les mentalités . Nous sommes confrontés à un phénomène d'ampleur , auquel il faut ajouter la sensibilité de la question. Elle touche l'intimité de la personne ou de la famille. Il faut aussi souligner le manque de moyens pour agir ainsi que l'amalgame que font les gens entre tradition et religion. Ce sont les pesanteurs socio-culturelles.
Quel message voulez vous faire passer cette année?
"Cette année, nous avons décidé d'aller vers les communautés. Si la communauté s'engage, on est sûr que l'objectif tolérance zéro sera atteint. Nous avons otenu déjà des résultats signicicatifs dans ce domaine. Plus de 800 communautés ont abandonné l'excision au Mali, et cette année beaucoup ont déclaré qu'elles sont prêtes à y renoncer".
Que faut-il faire pour en finir avec l'excision au Mali?
"La fin des mutilations sexuelles est notre objectif final. Un comité national d'action pour l'abandon de toutes les pratiques traditionnelles néfastes a été mis en place en 1999. L'excision est celle qui pose le plus de problème à cause de son ampleur dans le pays et à cause de ses conséquences graves. Les autres pratiques traditionnelles sont sectorielles par région comme le levirat, le sororat, le gavage...
Ce comité est composé de l'ensemble des intervenants: état, société civile, et partenaires techniques et financiers. C'est lui qui permet d'agir au quotidien".
Quand peut-on espérer une loi contre la pratique de l'excision au Mali?
"La loi c'est l'affaire de tous les maliens. Dans tous les pays limitrophes du Mali, des lois ont été votées pour en finir avec l'excision. Nous pensons qu'avec la forte prévalence de la pratique au Mali, il vaut mieux privilégier, à ce stade la sensibilisation.Lorsque la sensibilisation sera arrivée à un certain seuil , nous pourrons envisager l'adoption d'une loi. On n'est pas bien sûr contre la loi. On est d'ailleurs en train de la préparer, pour qu'une fois adoptéé, elle puisse être appliquée. Mais à ce jour, avec le niveau de prévalence, il faut d'abord sensibilser les gens pour qu'ils comprennent le bien fondé de ce que nous faisons".

Dans le cadre de la journée de lutte contre l'excusion et les mutilsations sexuelles, une cérémonie a été organisée dans la commune VI de Bamako. Au cours de cette manifestation une déclaration d'engagement à l'abandon de cette pratique au Mali a été lue. A cette occasion l'Imam Yacouba Diallo est intervenu pour donner sa lecture de la religion sur cette question.
"Dans les années 2002 on avait mis en œuvre un programme au niveau de l'IMAMA pour vérifier la véracité de l'excision. A ce moment là on avait conclu que l'excision était une pratique culturelle acceptée par la religion. On a donc prêché dans les mosquées le principe de ne pas aller vers la position des blancs, dénonçant l'excision comme une mauvaise pratique. Aujourd'hui avec l'arrivée des ONG et les informations qu'elles nous donnent, nous avons fait des recherches sur le Coran en liaison avec des lieux ressources sur l'islam . Nous avons compris que l'excision était interdite et donc nous nous sommes engagés dans la lutte contre cette pratique. C'est la raison pour laquelle nous demandons l'arret de ces mutilsations dans notre commune".