Le Mali est confronté depuis plusieurs années à une crise sécuritaire persistante qui entraîne des déplacements de populations. Parmi les personnes affectées figurent de nombreux jeunes, contraints de quitter leurs villages pour d’autres localités. Originaires d’Ansongo, de Gao et de Tombouctou, des jeunes déplacés internes témoignent des profondes transformations sociales, culturelles et identitaires qu’ils vivent dans leurs zones d’accueil.
Fuyant la dégradation de la situation sécuritaire dans le nord du pays, des centaines de jeunes ont trouvé refuge dans des centres urbains où le mode de vie diffère sensiblement de celui de leurs localités d’origine. Pour eux, le déplacement forcé ne se résume pas à un simple changement géographique, mais constitue une rupture avec leurs repères sociaux, culturels et communautaires.
Selon plusieurs témoignages recueillis, la solidarité villageoise, la vie communautaire et certaines valeurs traditionnelles transmises dès l’enfance cèdent progressivement la place à des modes de vie urbains marqués par l’anonymat, la pression économique et l’influence de nouveaux groupes sociaux.
Cette transition affecte durablement leur manière de penser, de se comporter et d’envisager l’avenir. Oumar Harouna Maiga, déplacé de Herba (cercle d’Ansongo), décrit les effets de cette rupture
« Ce déplacement forcé a entraîné la perte de nombreuses cultures et traditions. Dans nos villages, le mode de vie est différent de celui des grandes villes. Ici, nous avons découvert des pratiques que nous ne connaissions pas auparavant », explique M. Maïga.
« Nous avons perdu une partie de notre identité, notamment nos cultures et nos jeux traditionnels comme Alanga Langa ou Kaba Horey», déplore M. Maïga avant de conclure« Aujourd’hui, notre identité est menacée ».
Un risque élevé d’acculturation dans les grandes villes
Si certains jeunes reconnaissent que la vie urbaine offre des opportunités nouvelles, notamment en matière d’éducation, d’ouverture sociale et d’accès à l’information, d’autres déplorent l’érosion de leurs valeurs traditionnelles et l’éloignement progressif de leur culture d’origine.
Cette situation met en évidence les défis sociaux et psychologiques auxquels sont confrontés les jeunes déplacés internes, souvent livrés à eux-mêmes dans des environnements peu préparés à leur intégration durable.
Morou Abdoulaye, déplacé de Gourma (Ansongo), souligne la perte des activités traditionnelles
« Nous étions jardiniers, cultivateurs, éleveurs ou pêcheurs. Ces activités ne se pratiquent pas en ville, ce qui entraîne forcément une perte d’identité. Dans nos traditions, le port du turban, du grand boubou et les jeux entre villages occupaient une place importante. Tout cela disparaît en milieu urbain. », décrit Morou Abdoulaye.
Face à ces réalités, les jeunes déplacés appellent à un accompagnement accru des autorités et des organisations humanitaires afin de préserver leur identité culturelle tout en favorisant une intégration sociale harmonieuse. Bocar Mahamar Maiga, déplacé interne de Gossi (région de Tombouctou), plaide pour la solidarité
« Dans les années à venir, beaucoup de changements sont à prévoir, et nous devons tirer profit des projets qui seront mis en place. J’invite les jeunes déplacés de Rharous Gourma, Bamba Gourma et Gossi à rester solidaires. »
Au-delà de l’urgence humanitaire, le déplacement forcé des jeunes dans le nord du Mali soulève ainsi la question de la préservation de l’identité culturelle et du vivre-ensemble. Entre nécessité d’adaptation et perte progressive des repères, ces jeunes se retrouvent à un tournant décisif de leur parcours.
Sans politiques inclusives ni accompagnement durable, le risque de voir s’agrandir un fossé social et culturel aux conséquences durables sur la cohésion nationale, demeurre.
