8 mars : les traditions freinent-elles l’émancipation des femmes au Mali ?
Les femmes de Gounfan, cercle de Bafoulabé, en train de nettoyer une ruelle du village

8 mars : les traditions freinent-elles l’émancipation des femmes au Mali ?

La date de commémoration de la journée internationale des droits des femmes approche à grands pas. En prélude à l’événement, la rédaction s’est intéressée au poids de la tradition dans cette quête d’émancipation pour les femmes.

Sidiki Kouyaté est traditionaliste. Pour lui, la femme malienne occupe depuis longtemps une place importante dans la société. Mais il estime que certaines revendications actuelles restent difficiles à concilier avec nos us et coutumes.

« Nous avons connu de grands empires. À travers l’histoire, on sait que la femme est sacrée dans notre société, au point qu’on ne devient responsable que lorsqu’on a une femme, même si quelque part, la femme aussi, elle devient femme que lorsqu’elle est dans un foyer », rappelle le traditionaliste. De son point de vue, « il y a des réalités qui collent, parce qu’aujourd’hui, nous sommes dans le droit moderne ». « Nous avons une société aussi gérée par ce droit moderne, donc l’harmonie, c’est à partir de là », dit-il. « Au-delà de ça, il y en a des aspects qui ne sont pas vraiment compatibles avec nos réalités sociales », conclut M. Kouyaté.

Des efforts restent à faire

Commissaire à la CNDH, Mme Bouaré Bintou Founè Samaké reconnaît, elle aussi, que des efforts restent à faire pour mieux concilier tradition et émancipation de la femme.

« Je dirais qu’il n’y a pas beaucoup de contradictions parce que la loi, c’est comment nous voulons que notre société soit gérée », estime Mme Bouaré. Donc à l’en croire, « nous ne pouvons pas gérer notre société en oubliant complètement nos sources, nos traditions, nos religions ». « Donc quelque part nous avons des dispositions très positives qui vont ensemble avec le droit positif malien, mais par contre il y a des dispositions vraiment qui prônent de graves violations des droits des femmes », précise l’ancienne ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

Pour certains spécialistes du genre et de la gouvernance, la tradition malienne, qui accorde déjà une place importante à la femme, ne s’oppose pas forcément à son épanouissement. Selon eux, il s’agit surtout de trouver un équilibre entre modernité et valeurs traditionnelles.