Tabaski au Mali : le bazin moins prisé face à la vie chère
Image d'illustration (des hommes qui portent le bazin). Crédit photo : Studio Tamani

Tabaski au Mali : le bazin moins prisé face à la vie chère

Les musulmans du Mali ont célébré la fête de la Tabaski dans un contexte économique difficile. Habituellement très prisé pendant les grandes fêtes religieuses, le bazin a connu cette année une baisse de la demande dans plusieurs boutiques de Bamako. Entre baisse du pouvoir d’achat et nouvelles stratégies familiales, de nombreux fidèles se sont tournés vers d’autres tissus.

Au lendemain de la Tabaski, le Grand Marché de Bamako affiche un visage inhabituellement calme. Devant plusieurs boutiques fermées, seuls quelques étals restent visibles.

Pour de nombreux commerçants, la clientèle était largement inférieure à celle des années précédentes. Revendeur de bazin au Grand Marché, Samba Bocoum constate une nette baisse des ventes cette année.

Même constat chez Djélika Traoré, vendeuse de bazin
« Cette année, le bazin n’est pas autant prisé que les années passées », affirme-t-elle.

La cherté de la vie change les habitudes

Depuis plusieurs années, Mahamadou Doucouré avait l’habitude de porter du bazin lors des grandes fêtes religieuses, notamment à la Tabaski. Mais cette année, il n’a pas pu s’en offrir. « Je n’ai pas acheté de bazin à cause des difficultés économiques. Avant, j’en achetais pour les fêtes », explique-t-il.

Comme lui, de nombreuses familles affirment avoir réduit leurs dépenses liées aux vêtements afin de faire face à la conjoncture économique.

Les tenues uniformes comme alternatives

Image IA d’illustration générée par la rédaction

Pour limiter les coûts tout en préservant l’ambiance festive, certaines familles optent désormais pour des tenues uniformes pour les épouses et coépouses pendant les fêtes.

Dans la famille Diallo, le jour de la Tabaski, plusieurs femmes étaient habillées avec le même tissu. Toutes participaient ensemble aux préparatifs du repas de fête.

Selon elles, cette pratique est devenue une tradition familiale qui dépasse le simple aspect économique. « On s’habille en uniforme depuis longtemps. Ça favorise l’entente et la cohésion sociale », confie l’une d’elles.

Une autre belle-fille détaille davantage cette organisation familiale « Nous sommes trois coépouses. Les autres sont les épouses du grand frère de mon mari. Chaque année, il nous achetait les uniformes. Aujourd’hui, tout le monde n’a pas les moyens d’acheter des habits coûteux. Quand toutes les femmes portent la même tenue, cela évite aussi certaines frustrations. »

Une solution économique… mais incomplète

Plusieurs hommes saluent cette initiative qui permet, selon eux, de réduire certaines dépenses liées aux fêtes tout en renforçant la cohésion familiale. « C’est une bonne initiative qui peut éviter d’autres dépenses », estime un chef de famille.

Mais dans la pratique, l’uniforme est souvent considéré comme une tenue destinée uniquement aux travaux domestiques du jour de fête. « Les femmes disent souvent que c’est une tenue pour faire la cuisine. Du coup, il faut encore acheter une autre tenue pour la fête », regrette-t-il.

Malgré ces limites, de nombreuses familles voient dans cette pratique une manière de préserver l’esprit de convivialité de la Tabaski malgré la hausse du coût de la vie.