Au Mali, la radio occupe une place centrale dans l’accès à l’information. Dans les zones où l’internet reste peu accessible et où le niveau d’alphabétisation est limité, elle permet aux populations de s’informer dans leurs langues. Un atout qui en fait également un outil important dans la lutte contre les rumeurs et les fausses informations.
Dans un pays marqué par une forte tradition orale, la radio conserve une place privilégiée dans le quotidien des populations. Son accessibilité et sa capacité à diffuser des contenus dans les langues nationales lui permettent de toucher des publics parfois éloignés des autres moyens d’information.
Pour le journaliste formateur Siaka Z. Traoré, cette réalité confère à la radio un avantage stratégique dans la lutte contre la désinformation.
« Le Mali, c’est un pays d’oralité, un pays où le taux d’alphabétisation est limité dans certaines zones. Tout le monde ne sait pas lire et écrire dans la langue où beaucoup d’informations se passent. Et en même temps, Internet ne couvre pas tout le pays. »
Vérifier et corriger rapidement les rumeurs
La rapidité de diffusion des informations sur les réseaux sociaux favorise la circulation des rumeurs. Pour y faire face, les radios peuvent jouer un rôle important dans la vérification et la correction des informations.
Une information fausse peut être démentie rapidement à l’antenne, avant qu’elle ne provoque des incompréhensions ou « des tensions entre communautés », alerte le journaliste.
Les langues nationales, un atout pour le fact-checking
Au Mali, l’utilisation des langues nationales renforce cette capacité de la radio à toucher un large public.
Bamanankan, peul, tamasheq, songhaï, soninké, sénoufo ou bomou. La diffusion de contenus dans les langues parlées par les populations permet de rendre les informations de vérification plus accessibles.
« Chez nous au Mali, la radio, c’est nos langues aussi », souligne Siaka Z. Traoré.
La traduction et la simplification des informations permettent notamment d’expliquer des sujets parfois complexes. Le fact-checking peut ainsi être adapté aux réalités et aux langues des différents publics.
« La radio rend en quelque sorte le fact-checking accessible aux auditeurs, aux auditrices. »
Former les professionnels des médias
Pour que la radio puisse pleinement jouer ce rôle, la formation des journalistes et des animateurs apparaît indispensable.
La vérification de l’information ne consiste plus uniquement à recueillir, traiter et diffuser une information. Elle nécessite aussi de savoir identifier une source fiable, rechercher l’origine d’une information, vérifier une image ou une vidéo et confronter plusieurs sources.
Pour le journaliste formateur, les professionnels des médias doivent donc renforcer leurs compétences dans ces domaines.
« Il faut que les hommes et les femmes de la radio soient formés à comment on check l’information, comment on fait le fact-checking. »
Cette formation doit également aller au-delà des seuls outils de vérification. « La maîtrise des fondamentaux du journalisme reste essentielle », précise monsieur Traoré.
Dans un environnement médiatique où les rumeurs circulent rapidement, renforcer les capacités des professionnels de la radio apparaît ainsi comme un moyen de rendre la lutte contre la désinformation plus efficace et plus accessible aux populations.
