À Gao, la consommation de drogues inquiète les familles et les professionnels de santé
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À Gao, la consommation de drogues inquiète les familles et les professionnels de santé

Dans la région de Gao située au nord du Mali, la consommation de stupéfiants préoccupe de plus en plus les familles et les acteurs locaux. Selon le spécialiste en santé mentale, Dr Fayçal Touré, les consultations liées au sevrage et aux conséquences de la consommation de drogues sont fréquentes. Le phénomène, autrefois davantage observé en milieu urbain, s’étend désormais aux zones rurales, selon le Conseil régional de la jeunesse.

« La consommation de stupéfiants, de drogues douces et d’autres substances est très répandue dans la région de Gao. La consommation et la vente se font à ciel ouvert », alerte Abdoubaki Zakaria Touré, président du Conseil régional de la jeunesse de Gao.

En 2024, l’État malien a lancé le Programme national de lutte contre la consommation de stupéfiants à Kayes, Bamako et Gao. Ces trois régions avaient été identifiées comme nécessitant une attention particulière face à la consommation de drogues chez les jeunes.

« Chez nous, à Gao, c’est une situation qui nous préoccupe énormément. Les jeunes commencent à consommer des stupéfiants avant même d’atteindre l’âge adulte », déplore Abdoubaki Zakaria Touré.

Autre sujet d’inquiétude : la consommation concerne désormais aussi les jeunes filles. « Traditionnellement, il s’agissait surtout des garçons. Aujourd’hui, des jeunes filles sont également impliquées dans la consommation, voire dans la vente de ces stupéfiants », ajoute-t-il.

La consommation s’étend aux zones rurales

Longtemps davantage visible dans la ville de Gao, le phénomène gagne progressivement les localités environnantes, selon le président du Conseil régional de la jeunesse.

« On trouve à Gao des points de vente, des jeunes consommateurs et des personnes dépendantes de différentes substances. C’est très répandu dans la ville et le phénomène atteint aujourd’hui le monde rural », s’inquiète-t-il.

Cette évolution préoccupe particulièrement les acteurs locaux, qui redoutent ses conséquences sur les communautés rurales. « Cette progression est particulièrement préoccupante pour les communautés rurales, où la jeunesse représente une force essentielle au développement local », souligne Abdoubaki Zakaria Touré.

Des habitants préoccupés par l’avenir des jeunes

Dans la ville de Gao, plusieurs habitants s’inquiètent des répercussions de la consommation de drogues sur l’avenir de la jeunesse.

« Ils ne pourront pas assurer la relève demain et nous risquons de ne pas avoir une jeunesse de qualité. La drogue détruit les jeunes », déplore Moussa Touré, un habitant de Gao.

Oumar Touré partage cette inquiétude. Il évoque une jeunesse confrontée au manque de perspectives et à la consommation de différentes substances, notamment l’alcool et certains comprimés.

Pour Yattara Lala Walet Kabar, femme leader à Gao et mère au foyer, le chômage et la facilité d’accès aux stupéfiants figurent parmi les facteurs susceptibles de favoriser cette consommation. Elle appelle les jeunes à prendre conscience de leur responsabilité dans la construction de leur avenir.

« Nous comptons sur leur sens des responsabilités. Ils doivent comprendre qu’ils représentent les espoirs de demain », insiste-t-elle.

Des conséquences sur la santé mentale

Les professionnels de santé sont également confrontés aux conséquences de la consommation de stupéfiants. Selon Dr Fayçal Touré, spécialiste en santé mentale à Gao, les situations impliquant des consommateurs de drogues sont fréquentes dans sa pratique.

« Je ne passe pas une journée sans recevoir un cas ou sans être sollicité pour prendre en charge une personne souffrant de troubles mentaux qui consomme de la drogue », témoigne-t-il.

Lors d’une récente campagne de consultations gratuites destinée aux personnes souffrant de troubles mentaux, dont des consommateurs de stupéfiants, 117 personnes ont été enregistrées. Parmi elles, 63 étaient venues pour un sevrage ou pour des problèmes liés à la consommation de drogues, selon le spécialiste.

Dr Fayçal Touré cite notamment les épisodes psychotiques, la schizophrénie, la déshydratation, l’amaigrissement et les convulsions parmi les problèmes de santé susceptibles d’être associés à la consommation de certaines substances.

Les répercussions ne sont pas uniquement sanitaires. Le spécialiste évoque également des conséquences sociales, notamment des conflits et des comportements à risque. « Ces conséquences nécessitent une prise en charge adaptée des personnes concernées », souligne-t-il.

Renforcer la sensibilisation et le contrôle

Face à cette situation, le Conseil régional de la jeunesse et plusieurs habitants appellent à intensifier les campagnes de sensibilisation et à renforcer le contrôle des circuits de vente et d’approvisionnement en stupéfiants.

Ils exhortent les autorités et les structures chargées de la lutte contre la drogue à redoubler de vigilance afin de limiter l’accès des jeunes à ces substances.

Pour les acteurs locaux, la prévention passe aussi par une meilleure information des populations et une prise de conscience collective. Ils estiment que ces efforts sont nécessaires pour limiter les consommations à risque et protéger la santé ainsi que l’avenir de la jeunesse de Gao.