Médicaments de la rue : quand l’automédication met la santé en danger
Des médicaments exposés au bord d'une route à Médine. Image prise le 30 octobre 2026. Crédit photo : Studio Tamani

Médicaments de la rue : quand l’automédication met la santé en danger

À Bamako et dans plusieurs grandes villes du pays, le coût des soins et des médicaments pousse certaines personnes, selon elles, à se tourner vers les médicaments de la rue, appelés encore pharmacie par terre, pour se soigner. Pourtant, cette pratique comporte des risques pour la santé, notamment des échecs thérapeutiques, des intoxications et des complications, selon les professionnels de santé interrogés.

Se soigner sans consulter un professionnel de santé, en achetant des médicaments dans la rue, expose les consommateurs à des risques. À Bamako, le prix des médicaments vendus en pharmacie et le manque de moyens financiers figurent parmi les raisons qui expliquent le recours à ces produits.

Pour Harouna Doumbia, médecin généraliste, cette pratique s’explique principalement par trois facteurs : « le manque de moyens financiers, la proximité des vendeurs et la facilité d’achat, sans ordonnance ». Il évoque également le manque d’information sur les différences entre les médicaments vendus dans la rue et ceux disponibles en pharmacie.

Le pharmacien Bréhima Sidibé partage ce constat. Selon lui, le coût élevé des médicaments et le manque de sensibilisation sur les risques liés à ces produits contribuent à cette pratique.

Des médicaments aux conditions de conservation incertaines

Aly Keita est vendeur de médicaments de rue. Il dit exercer cette activité depuis 2023 et s’en approvisionne à Dabanani.   Selon lui, les clients viennent demander directement les médicaments qu’ils souhaitent acheter.

« L’amoxicilline, un antibiotique, figure parmi les produits les plus sollicités », affirme-t-il.

Le vendeur explique vouloir répondre aux besoins de personnes qui cherchent à se soigner malgré leurs difficultés financières. Il estime que les médicaments vendus en pharmacie sont plus chers et que certains clients n’ont pas les moyens de les acheter.

M. Keita achète toutefois les médicaments dans les plaquettes tels qu’ils viennent sans qu’ils ne soient dans un réfrigérateur. « Les médicaments dans les plaquettes sont transportés dans des conteneurs et ne sont pas conservés dans un réfrigérateur comme le prétend certains. » Il avance également que certains vendeurs proposent des médicaments périmés ou des drogues, ce qui leur complique davantage la tâche. Ces médicaments sont vendus entre 25F cfa et 500F cfa.

Des risques d’intoxication et d’échec thérapeutique

Pour Harouna Doumbia médecin généraliste, l’utilisation de médicaments dont la composition exacte est inconnue peut provoquer des intoxications et endommager des organes comme le foie et les reins. Il évoque également les risques liés aux produits sous-dosés, qui peuvent entraîner l’échec du traitement et laisser la maladie évoluer.

Le médecin souligne qu’un médicament inadapté peut atténuer certains symptômes sans traiter la maladie à l’origine du problème. « Cette situation peut retarder le diagnostic et la prise en charge du patient », déclare le spécialiste.

Pour M. Doumbia, les risques sont particulièrement préoccupants dans le traitement du paludisme et des infections. « Un antipaludique sous-dosé peut favoriser l’évolution de la maladie vers une forme grave. L’utilisation inappropriée d’antibiotiques peut, quant à elle, contribuer au développement de résistances bactériennes », nous confie-t-il.

Le pharmacien Bréhima Sidibé confirme que l’automédication peut entraîner une résistance aux antibiotiques et aux antipaludiques. Il affirme également constater, chez certains patients, une absence d’amélioration ou une détérioration de leur état de santé après l’utilisation de médicaments achetés dans la rue.

Quant au docteur Doumbia, plusieurs signes doivent alerter après la prise d’un médicament suspect, notamment les vomissements persistants, les douleurs abdominales intenses, les réactions cutanées, les vertiges importants et les difficultés respiratoires. « Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale rapide, particulièrement lorsqu’ils sont sévères », indique-t-il.

Le coût des médicaments au cœur du problème

Le pharmacien estime que la lutte contre cette pratique doit passer par des campagnes de sensibilisation, une subvention des médicaments par l’État et une interdiction effective de leur vente illicite.

De son côté, le médecin recommande de renforcer les actions de proximité, notamment en diffusant des messages de sensibilisation dans les langues nationales et en impliquant les chefs de quartier et les leaders religieux.

Consulter un professionnel de santé

Face aux risques liés aux médicaments de la rue, Harouna Doumbia exhorte les populations à fréquenter les centres de santé communautaires (CSCOM), où les consultations sont proposées à des tarifs accessibles, selon lui.

Il conseille également de demander des médicaments génériques en dénomination commune internationale (DCI), lorsqu’ils sont adaptés à la prescription, car ils peuvent coûter moins cher que certaines marques.

Pour les personnes qui ont déjà commencé un traitement acheté dans la rue, le médecin recommande d’arrêter la prise de ces produits, de conserver les emballages ou les comprimés restants et de se rendre dans un CSCOM pour une consultation.

Entre difficultés financières, facilité d’accès et manque de sensibilisation, le recours aux médicaments de la rue reste une pratique préoccupante pour les professionnels interrogés. Pour eux, la sensibilisation des populations et un meilleur accès aux médicaments autorisés sont nécessaires pour limiter les risques liés à cette pratique.