Alors que de nombreuses femmes déplacées vivent leur grossesse dans des conditions précaires, notre magazine humanitaire du jour s’intéresse à leur accès aux soins prénatals. Sur plusieurs sites à Mopti et Bamako, certaines futures mamans accouchent dans des abris de fortune, loin d’un suivi médical régulier pourtant essentiel pour la santé de la mère et de l’enfant.
Quelles sont les réalités qu’elles affrontent au quotidien ? Les humanitaires parviennent-ils à combler les besoins ?
Reportage :
Sur le site de Savaré Sokoura, à Mopti, Aissata Gadiaga, enceinte, raconte la difficulté d’accéder aux consultations prénatales. Ici, explique-t-elle, ce sont les époux qui assument seuls la prise en charge, malgré des ressources très limitées.
« Les consultations se font à Sokoura avec le peu d’argent que nos maris trouvent. Avec la distance, ce n’est vraiment pas facile. Les urgences de jour sont gérables, mais si cela arrive la nuit, que Dieu nous en garde, ce serait très compliqué. Nous souhaitons que le centre de santé du site soit réhabilité et fonctionne à nouveau. »
À Faladié, la réalité est différente. Inourou Dicko, également enceinte, affirme que les services sociaux et plusieurs ONG les accompagnent tout au long de la grossesse.
« La Croix-Rouge nous a accompagnées au centre Asacofa : pesée, radiologie, médicaments… tout a été pris en charge. Ça va plus vite quand on est avec nos maris. En cas de malaise, on les alerte et ils font venir la Croix-Rouge pour nous emmener au centre. »
Sensibilisation et changement de comportements
Une prise en charge confirmée par Mme Maïga Mariam Niagaly, du développement social. Elle souligne l’importance des séances de sensibilisation et de l’appui des ONG qui se déplacent désormais directement sur le site pour effectuer les CPN.
« Au début, certaines femmes ne fréquentaient pas les centres de santé, comme dans leur localité d’origine. Aujourd’hui, c’est en train de changer. Les ONG viennent faire les CPN sur place, ce qui est un atout majeur. »
Les maris jouent également un rôle crucial dans cet accompagnement. À Faladié, Amadou Tamboura, chef de famille, assure qu’ils veillent à encourager leurs épouses à suivre les consultations, même si certaines étaient réticentes au départ.
« Il y a des femmes qui refusaient d’être consultées par un médecin homme. Mais avec la sensibilisation, elles comprennent maintenant que les CPN sont essentielles pour vérifier la santé de l’enfant. »
Une amélioration progressive grâce au SAMU Social
Au niveau du SAMU Social, l’infirmière Niafaty Koné confirme une amélioration progressive. En collaboration avec l’ASACOFA, elle affirme qu’une quarantaine de femmes déplacées viennent chaque mois pour les consultations.
« Certaines ne faisaient pas du tout les CPN avant. On a eu un cas d’une jeune femme qui refusait d’y aller et qui a perdu son bébé deux jours plus tard. Depuis, beaucoup ont compris. Nous les accompagnons et prenons en charge les frais quand c’est nécessaire. »
Elle rappelle les nombreux avantages des consultations prénatales : dépistage de l’hypertension, du diabète, des anémies, détection d’éventuelles malformations, et surtout une meilleure préparation à l’accouchement.
« Faire les CPN permet d’éviter des complications graves. On sait si le taux de sang est suffisant, si la grossesse évolue bien. C’est bénéfique pour la mère et pour le bébé. »
L’infirmière lance un appel aux femmes déplacées encore hésitantes : la régularité des consultations pourrait largement contribuer à réduire la mortalité maternelle et néonatale au Mali.
Ecoutez l’ intégralité de l’émission Fabu dirène:
