Du Mali au Tchad en passant par le Niger et le Burkina Faso, plusieurs croyances continuent d’associer certains aliments à des maladies ou à des comportements sociaux. Entre traditions, réalités sociales et données scientifiques, spécialistes et chercheurs tentent de déconstruire ces idées reçues.
Dans plusieurs pays du Sahel, notamment au Mali, au Niger, au Burkina Faso et au Tchad, des croyances autour de certains aliments continuent d’influencer les habitudes alimentaires des populations. En milieu rural comme urbain, ces perceptions restent fortement ancrées.
Arachide qui donnerait le paludisme, œufs accusés de provoquer la maladie ou d’influencer le comportement des enfants, tomate réputée « augmenter le sang » : ces croyances sont largement répandues.

Au Niger: manger des œufs serait-il nocif pour la santé?
Dans le Sahel, une croyance répandue affirme qu’une femme enceinte ne devrait pas consommer d’œufs au risque de nuire à son futur enfant.
Pour Dr Aïssa Diarra, médecin, socio-anthropologue et chercheure au Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL), ces pratiques doivent d’abord être comprises dans leur contexte social.
Selon la chercheure, certaines habitudes sont simplement reproduites parce qu’elles font partie du quotidien des communautés.
« Il y a des pratiques que l’on adopte sans forcément savoir pourquoi. On les voit autour de nous et on les reproduit », explique-t-elle.
Elle ajoute que certaines croyances reposent aussi sur des observations empiriques ou des expériences passées, même si elles ne reposent pas toujours sur des bases scientifiques.
Au-delà des traditions, les réalités économiques influencent également ces pratiques. Pour certaines familles, l’accès à une alimentation variée et nutritive reste difficile.
La chercheure souligne que les recommandations nutritionnelles peuvent parfois sembler inaccessibles pour les populations les plus vulnérables.
« Dire qu’une femme enceinte doit manger des fruits ou certains aliments peut sembler évident, mais pour certaines populations, cela reste un luxe », précise-t-elle.

Burkina Faso : les œufs retarderaient-ils la parole chez l’enfant ?
Au Burkina Faso, certaines croyances affirment que la consommation d’œufs provoquerait le paludisme, retarderait la parole ou pousserait les enfants au vol.
Des affirmations rejetées par Dr Karim Kombasséré, médecin en santé publique internationale.
« Le paludisme n’est pas lié à l’alimentation. Ce n’est pas en consommant des œufs, de l’huile, du maïs ou du karité qu’on attrape cette maladie », précise-t-il.
Au contraire, l’œuf constitue un aliment très bénéfique pour le développement de l’enfant grâce à ses apports en protéines et en vitamines.
Le spécialiste insiste également sur le fait que le comportement social d’un enfant dépend davantage de son éducation et de son environnement.

Mali : les arachides vecteurs de paludisme?
Au Mali, ces croyances existent également. Selon le Dr Amadou B. Diarra, médecin spécialiste en sciences sociales et comportementales, plusieurs aliments sont encore accusés à tort de provoquer le paludisme.
« Dans la société, beaucoup pensent que manger de l’arachide, des œufs ou de l’huile provoque le paludisme », explique-t-il.
Le spécialiste précise qu’il s’agit de croyances sociales sans fondement scientifique.
Cependant, il rappelle que le paludisme reste un véritable problème de santé publique dans le pays, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
Le médecin souligne aussi les conséquences socio-économiques de la maladie comme l’absentéisme scolaire, la baisse de productivité au travail et les coûts importants de prise en charge.

Tchad : la tomate augmente – t- elle le sang dans le corps humain?
À N’Djamena, une croyance populaire persiste : consommer beaucoup de tomates permettrait d’augmenter la quantité de sang dans l’organisme. Une idée largement répandue au Tchad, mais qui ne repose sur aucune base scientifique, selon le nutritionniste Djenodji Maxime.
Interrogé sur cette question, le spécialiste explique que la production de sang dépend avant tout d’apports nutritionnels bien précis. « Pour produire du sang, l’organisme a surtout besoin de fer, ainsi que de certaines vitamines comme la vitamine B9 et la vitamine B12 », précise-t-il.
Contrairement aux idées reçues, la tomate contient bien du fer, mais en quantité très faible. Elle ne peut donc pas, à elle seule, augmenter de manière significative le taux d’hémoglobine dans l’organisme.
En résumé, la tomate ne fabrique pas le sang, mais elle peut aider le corps à mieux utiliser le fer. Comme le rappelle le nutritionniste, « une bonne santé passe avant tout par une alimentation variée et équilibrée ».

Comme le rappelle la sagesse africaine : « La parole transmise est une force, mais la parole vérifiée est une protection. »
À l’heure de la lutte contre la désinformation, le véritable enjeu est donc d’apprendre à questionner les croyances sans renier les valeurs, afin de mieux nourrir les corps comme les esprits.
