Dans les régions du nord et du centre du Mali, les agents de santé continuent d’assurer leur mission dans des conditions particulièrement difficiles. Entre l’éloignement des villages, les ruptures de médicaments, les contraintes sécuritaires et les restrictions de circulation, ils restent mobilisés pour offrir des soins aux populations les plus vulnérables, sans distinction.
À Goudam, dans la région de Tombouctou, l’infirmier et superviseur de terrain Aboubacar Hamadoun, connu sous le nom de Dagameissa, explique que l’éloignement des localités constitue l’un des principaux freins à l’accès aux soins. De Gargando à Taoudéni, il dit avoir parcouru de nombreuses zones isolées pour venir en aide aux populations. Selon lui, le coût élevé du transport et la faible fréquence des missions sanitaires aggravent les difficultés des habitants, qui sont parfois contraints d’évacuer les malades en charrette.
« Les principales difficultés que nous rencontrons sont l’éloignement des villages par rapport aux centres de santé et le coût élevé du transport. Les projets de santé n’effectuent souvent que des visites mensuelles ou bimensuelles, alors qu’un malade ne peut pas attendre plusieurs semaines pour être soigné », explique-t-il.
Malgré un contexte sécuritaire fragile, Aboubacar Hamadoun affirme que les équipes médicales parviennent généralement à accomplir leur mission lorsqu’elles interviennent dans un cadre strictement humanitaire.
« L’insécurité, en toute sincérité, n’entrave pas le service que nous rendons. Nous allons dans les villages pour soigner, sans aucune distinction. Nous soignons tous les malades », souligne-t-il.
Le défi permanent des ruptures de médicaments
À plusieurs centaines de kilomètres de là, à Mopti, Mahamane Touré partage le même engagement. Avec ses collègues, il sillonne régulièrement les villages reculés pour assurer les consultations et distribuer les traitements disponibles. Mais leur travail est souvent ralenti par des difficultés logistiques.
Les ruptures de médicaments et le manque d’équipements obligent régulièrement les équipes à retourner dans les grandes villes pour se réapprovisionner, au prix de longs déplacements sur des axes parfois difficiles d’accès.
« Nous rencontrons toutes sortes de personnes et nos interventions se déroulent généralement sans difficultés majeures. Mais les ruptures de médicaments et le manque d’équipements nous obligent souvent à retourner dans les grandes villes pour nous approvisionner, malgré les contraintes sécuritaires et les nombreux contrôles sur les routes », témoigne-t-il.
Les restrictions de circulation compliquent les interventions
Dans la commune de Ouatagouna, cercle d’Ansongo, le directeur technique du centre de santé de Bentia, Soumana Hamida, rappelle que la seule priorité des soignants reste l’état de santé des patients. Il estime cependant que les restrictions de circulation compliquent fortement les déplacements des équipes médicales ainsi que ceux des populations.
« Nous ne traitons que des malades, sans les interroger sur leur identité ou leur appartenance. Aujourd’hui, l’interdiction de circuler avec les motos de grosse cylindrée m’empêche de rejoindre les villages », expliquant que « tout déplacement ou transport de médicaments, de vaccins ou de moustiquaires nécessite désormais, un ordre de mission ».
Selon lui, ces restrictions ont également réduit la fréquentation des centres de santé.
« Depuis l’interdiction des engins à trois roues, nous recevons moins de malades, car c’était leur principal moyen de déplacement », ajoute-t-il.
Malgré ces nombreux obstacles, les agents de santé interrogés réaffirment leur engagement à poursuivre leur mission auprès des populations les plus isolées. Ils plaident pour un renforcement des moyens logistiques, un approvisionnement plus régulier en médicaments et un accès plus sécurisé aux villages. Des mesures indispensables, selon eux, pour garantir une prise en charge plus rapide et plus efficace des patients.
Ecoutez l’intégralité de l’émission Fabu Dirène:
