Dakar accueille du 31 octobre au 13 novembre, les Jeux olympiques de la jeunesse, une première en Afrique. Si certains habitants se réjouissent de cet événement historique, d’autres évoquent les difficultés à assister aux compétitions et les problèmes de circulation. Nos reporters ont arpenté les alentours du stade Abdoulaye-Wade et les quartiers de la Medina, de Ouakam et Mermoz.
« L’Afrique accueille, Dakar célèbre ». Ou du moins, certains quartiers. La devise de cette édition des Jeux olympiques de la jeunesse qui s’ouvrent ce samedi 31 octobre a beau être placardée dans toute la capitale sénégalaise ce samedi, elle n’était pas encore adoptée par tout le monde.
L’événement suscitait bien de l’enthousiasme chez certains habitants. Près des infrastructures sportives de Diamniadio, bien sûr, à environ 36 kilomètres de route du centre, l’ambiance olympique était palpable. Plusieurs délégations participantes rejoignaient déjà le stade Abdoulaye Wade pour la cérémonie d’ouverture samedi. De nombreux volontaires, reconnaissables à leurs tenues jaunes et leurs pantalons gris, s’agitaient. Parmi eux, Cinthya Mireille, la vingtaine. Lorsque l’opportunité s’est présentée, elle n’a pas hésité à devenir volontaire. « Vraiment nous avons accueilli cette organisation avec beaucoup d’engouement, de joie. Nous étions vraiment très heureux d’accueillir tous ces étrangers qui sont là. Quand les gens savent que vous faites partie de l’organisation, ils vous demandent comment cela se passe », assurait la jeune fille.
À Ouakam, un quartier résidentiel de Dakar, deux jeunes Sénégalais, Ives Gomis et Elimane Mbaye saluaient aussi l’organisation, « une occasion pour le Sénégal et l’ensemble du continent de rayonner à l’échelle internationale ». L’enthousiasme se retrouvait aussi chez les ressortissants étrangers installés à Dakar comKelly Mermoz Dégba, étudiant centrafricain vivant dans la capitale sénégalaise : « C’est une grande fierté de voir la RCA représentée à ces Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ). C’est également une belle occasion de faire découvrir notre pays au reste du monde.«
“La jeunesse sénégalaise ne se sent pas suffisamment concernée par l’événement”
Mais, dans le centre-ville, d’autres habitants, nombreux, ne semblaient cependant pas encore bien informés de l’organisation des JOJ, donnant l’impression d’une ville vivant sur deux fuseaux horaires en ce jour de cérémonie d’ouverture. Le contraste restait saisissant entre une route de la Corniche rénovée pour l’occasion et parée de fresques murales à l’effigie des JOJ, et les quartiers plus populaires qui continuaient leur quotidien.
À la Médina, les avis étaient partagés. Pour certains commerçants, « difficile de quitter leur activité pendant quinze jours pour assister aux compétitions ». L’un d’eux estimait même que « la jeunesse sénégalaise ne se sent pas suffisamment concernée par l’événement ». Une étudiante gabonaise rencontrée au marché de la Médina constatait, elle aussi, que « les Jeux sont visibles dans la ville. Mais reconnaissait ne pas avoir le temps d’assister aux épreuves. Une autre habitante déplorait « les difficultés de circulation liées à la compétition, notamment pour les élèves ». Elle estimait que « l’organisation des Jeux pendant les congés scolaires aurait facilité les déplacements ».

Parmi les défis logistiques : les embouteillages
Il faut dire que les défis logistiques ne manquent pas pour un événement qui accueille plus de 2600 athlètes. Les belles illuminations le long des boulevards et sur les ronds-points peinent à faire oublier les heures d’attente dans les bouchons qui touchent la majorité des habitants. Même si les autorités ont préparé un plan de circulation largement diffusé sur les chaînes de télévision locales et les réseaux sociaux afin de faciliter les transports des athlètes sur les sites de compétition.
À Yoff, une commune de Dakar, sur un terrain de football de Nord Foire, nous avons rencontré samedi matin une trentaine de jeunes originaires de plusieurs pays africains. Congolais de Brazzaville, Centrafricains, Congolais de la RDC, Maliens et Sénégalais se retrouvent ici chaque mercredi et samedi pour s’adonner à leur sport favori : le football. Parmi eux, Djibril Ntinu, responsable du sport au sein de la communauté congolaise au Sénégal.
« Les Jeux se déroulent en dehors de Dakar. Le déplacement a un coût et n’est pas à la portée de toutes les bourses. Vous savez, certains sont ici pour les études, tandis que d’autres gagnent trop peu pour pouvoir se rendre au stade. Ceux qui en ont les moyens ont promis d’assister aux compétitions », expliquait celui qui aimerait un coup de pouce de son gouvernement.
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Dans ce contexte, la communauté congolaise du Sénégal s’organise, tant bien que mal, pour soutenir les huit jeunes Léopards engagés dans sept disciplines. « Pour nous, c’est une obligation d’être au stade. À chaque compétition, lorsque nos athlètes sont présents, nous nous déplaçons en groupe pour les soutenir, vêtus de nos maillots. Nous sommes là pour soutenir notre pays et nous allons continuer à le faire, comme d’habitude », affirmait le Congolais Elias Kabula Mutombo, installé à Dakar depuis quelques années.
Juste avant la cérémonie d’ouverture, le Sénégal a gagné samedi midi en beach-volley, une première victoire pour le pays hôte. Si les radios locales ont bien couvert l’événement, reste à savoir si ces performances suffiront à faire passer les locaux à l’heure olympique.
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un projet de coproductions aux JOJ 2026 à Dakar entre 8 journalistes de différents médias de la Fondation Hirondelle : Radio Ndeke Luka, Studio Hirondelle RDC, Studio Hirondelle Tchad, Studio Kalangou, Studio Tamani et Studio Yafa.
