Les outils d’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de créer presque toutes sortes d’images : paysages, bâtiments, scènes de catastrophes, manifestations ou situations de conflit. De plus en plus réalistes, ces productions peuvent facilement être confondues avec de véritables photographies. Dans le domaine de l’information, cette possibilité soulève une question importante, jusqu’où peut-on utiliser une image artificielle pour illustrer un fait réel ?
Le problème ne réside pas uniquement dans la création de ces images, mais surtout dans la manière dont elles sont présentées et utilisées. Lorsqu’une image générée par IA est associée à un événement réel sans indication claire, elle peut donner au public une représentation erronée des faits.
L’utilisation d’une image générée par l’intelligence artificielle pour illustrer un événement réel comporte plusieurs risques.
Elle peut montrer des dégâts qui n’existent pas, ou donner une ampleur différente à un événement. Elle peut également associer une personne à une situation qu’elle n’a jamais vécue.
Quelles conséquences pour le public ?
Le premier risque est la confusion. Un internaute qui découvre une image accompagnant un article ou une publication peut naturellement penser qu’elle montre la situation réelle.
Une telle publication peut alors influencer sa compréhension de l’événement. Dans le cas d’une catastrophe naturelle, elle peut faire croire à des destructions plus importantes ou situées dans un autre quartier.
Dans un contexte de crise, une image artificielle peut alimenter des tensions entre communautés. Les conséquences peuvent aussi concerner les personnes représentées.
Enfin, lorsque les médias utilisent des images artificielles sans transparence, ils risquent de fragiliser la confiance du public dans l’information et dans les photos authentiques.
Dans quels contextes peut-on utiliser une image générée par IA ?
L’intelligence artificielle n’est pas incompatible avec le journalisme. Son utilisation peut être pertinente lorsque l’image sert à expliquer ou à illustrer un sujet sans prétendre documenter un événement réel.
Une image générée peut représenter la désinformation, la cybersécurité, l’intelligence artificielle ou les mécanismes d’une arnaque en ligne. C’est-à-dire les concepts abstraits. Elle peut accompagner des exercices d’éducation aux médias, des tutoriels ou des scénarios fictifs destinés à apprendre au public à reconnaître les fausses informations. Aussi, une illustration artificielle peut aider à visualiser un mécanisme difficile à photographier, à condition de ne pas la présenter comme une observation réelle.
En plus, une scène historique ou une situation passée peut être représentée artificiellement si elle est clairement identifiée comme une reconstitution et si elle ne prétend pas être une archive photographique.
Dans tous ces cas, le public doit pouvoir identifier immédiatement la nature de l’image.
Quand faut-il éviter les images générées par IA ?
La prudence doit être particulièrement importante lorsqu’il s’agit d’illustrer des faits d’actualité.
Pour une attaque, une manifestation, un accident, une catastrophe naturelle ou une crise humanitaire, il faut être prudent avec l’utilisation des images générées. Il en va de même pour les personnes réelles, notamment les victimes, les témoins, les responsables politiques ou les militaires. Leur représentation artificielle dans une situation qu’elles n’ont pas vécue peut créer une confusion et porter atteinte à leur image.
Dans ces situations, les médias doivent privilégier les images authentiques, les photos d’archives clairement datées et contextualisées, les cartes ou les infographies.
Une image d’illustration peut également être utilisée, mais elle doit être choisie de manière à ne pas être confondue avec une photographie de l’événement.
La transparence, une exigence journalistique
Lorsqu’une rédaction décide d’utiliser une image générée par l’intelligence artificielle, elle doit clairement informer le public.
Une légende telle que « Illustration générée par intelligence artificielle » permet de signaler la nature du visuel. Pour une reconstitution, la mention « Reconstitution générée par IA » peut également préciser qu’il ne s’agit pas d’une archive photographique.
Cependant, la transparence ne justifie pas toutes les utilisations. Une image artificielle qui donne une représentation trompeuse d’un événement réel reste un mauvais choix éditorial, même lorsqu’elle porte une mention explicative.
L’objectif n’est donc pas d’interdire systématiquement l’intelligence artificielle, mais de définir les limites de son utilisation dans la production journalistique.
