Le marché de légumes impacté par la crise de carburant
Une vendeuse de légumes devant son étal dans un marché à Bamako. Photo prise le 18 janvier 2026 par Studio Tamani

Le marché de légumes impacté par la crise de carburant

La saison froide, traditionnellement période d’abondance de légumes au Mali, connaît cette année un approvisionnement retardé à Bamako. Des commerçantes attribuent cette situation à la crise de carburant. Malgré ces contraintes, certains acteurs du secteur parviennent à s’y adapter.


Il est 9 h au marché de Kalaban-coro Nérècoro. Les ménagères se précipitent pour aller faire leurs courses. Tout juste à l’entrée du marché, nous rencontrons Fatoumata Sangaré. Habillée d’une robe avec des rayures blanches et rouge bordeaux, elle tient deux sachets noirs remplis de condiments. Sourire aux lèvres, pour elle, il y a assez de légumes au marché, mais le prix n’est pas abordable. Une cherté qu’elle impute à la pénurie d’essence et de gazole. « C’est un coup dur pour nous les ménagères, car la popote est insuffisante. Tu es obligée d’économiser l’argent que tu as pour avoir les condiments qu’il te faut », confie Mme Sangaré.

Une quadragénaire, mariée et mère de neuf enfants quittant le même marché, n’en dit pas moins. Robe noire, foulard bleu foncé sur la tête sur laquelle est posée un seau noir contenant ses condiments. Elle soutient que le marché est bien fourni en légumes. « Maintenant les légumes sont visibles, contrairement au début de la crise du carburant ». Elle se réjouit que la situation se soit améliorée. « Actuellement, nous remercions Dieu, sinon pendant la période de crise, les condiments qu’on pouvait avoir de 2 à 25 francs étaient cédés entre 50 et 100 F », regrette la ménagère.

Un coup dur pour des commerçantes

« Cette année, il y a moins de clients et les marchandises sont chères », déplore Madina Dougnon vendeuse de légumes au marché de Kalaban Nérècoro. Madina Dougnon exerce cette activité depuis près de trois ans. « Nous prenons des paniers de tomates pour les partager entre nous. Hier, nous avons acheté un panier à 16 mille et aujourd’hui à 20 mille. », explique-t-elle. Selon Mme Dougnon, « le sac de concombre est cédé à 19 mille francs ». Un prix qu’il n’atteignait pas en période de froid, dit-elle.

Autre quartier, même réalité. Au marché de Kalaban coura ACI, en commune V du district de Bamako, les étals sont bien fournis en légumes, mais cette abondance ne se répercute pas sur le prix. Kani Mariko, quinquagénaire, quitte chaque matin le village Gouana pour venir vendre des légumes au marché de Kalaban. « Aujourd’hui, j’ai eu le panier de tomates à 25 mille F CFA. Alors que son prix variait l’année dernière à la même période entre 6 000 et 7 500 F CFA », nous confie-t-elle. Elle l’impute à la crise d’hydrocarbures.

La pénurie de carburant en cause

Du marché de Banconi en commune I jusqu’à celui de Medina-Coura (« Sougouni-Coura ») en commune II, les étals colorés de légumes frais attirent l’attention des visiteurs. Tomates, haricots verts, carottes et betteraves sont désormais disponibles en quantité suffisante. Cette abondance génère paradoxalement une mévente pour Manténin (nom d’emprunt, la personne ayant souhaité rester anonyme), vendeuse au marché de Banconi. Teint noir, arborant un boubou wax, Manténin est assise sur une chaise juste devant son étal rempli de légumes.

« J’étais l’une des rares vendeuses de légumes en période de rupture. Mais ces derniers temps, c’est presque sur tous les étals», nous confie-t-elle.Et Manténin d’ajouter que la pénurie de carburant impacte négativement le coût du transport. « Ce sont des véhicules diesel qui transportent les marchandises. Avec la rareté du gas-oil, la livraison prend du temps avec une augmentation fréquente des prix», regrette-t-elle.

La quarantaine, de teint clair, avec des rondeurs, cette autre vendeuse qui a requis l’anonymat au marché « sougouni coura » de Médine, en commune II, se plaint aussi du manque de clients. « Il y a trop de légumes, mais la clientèle n’est pas au rendez-vous ».

« Nous cotisons parfois pour acheter de l’essence pour les chauffeurs »

Elle ajoute que le problème de carburant affecte considérablement leur activité.« C’est grâce au carburant que les maraîchers arrosent les jardins. Et comment procéder si vous devez emprunter un véhicule pour aller en zone rurale alors que celui-ci manque de carburant ? », s’interroge-t-elle. Et de révéler que ce sont les vendeuses qui « cotisent parfois pour acheter de l’essence pour les chauffeurs ».


La crise du carburant a aussi impacté les coûts du transport. Assis au volant de son minibus, ce jeune chauffeur transporte des légumes frais de Kolokani à Bamako. Il témoigne que la crise du carburant a mis en mal son travail. « Nous achetons les bidons d’essence entre 25 000 et 30 000 francs, ce qui nous contraint à facturer davantage aux commerçants pour le transport de leurs marchandises. »

La sécurité alimentaire en danger

L’impact de la crise sur ces activités risque d’affecter l’économie de façon générale. C’est du moins ce que craint Dr Lamissa Diakité, économiste. Il énumère comme conséquences de cette situation le coût de plus en plus élevé du transport qui devient aussi irrégulier, l’instabilité de l’approvisionnement, entre autres. Ce qui peut, à son avis, avoir « une conséquence sur la sécurité alimentaire ». « Ça provoque des ruptures de stocks, ce qui joue sur le niveau du marché. Si le marché n’est pas suffisamment approvisionné, évidemment, cela va avoir une incidence sur les prix et c’est les consommateurs qui payent le prix », explique l’économiste.

Aussi, poursuit-il, cette perturbation se ressent particulièrement dans les circuits au niveau de la distribution, de la production, avec les grossistes, avec les détaillants, qui dépendent totalement du carburant pour les livraisons quotidiennes ».