Le système Faguibine : un écosystème vital menacé par le désert
Une vue de la ville de Bintagoungou à Tonka le 5 juin 2026. Crédit photo : Studio tamani

Le système Faguibine : un écosystème vital menacé par le désert

Autrefois considéré comme le poumon économique du cercle de Bintagoungou dans la région de Tombouctou, le système Faguibine traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus critiques de son histoire. La progression du désert, combinée aux effets du changement climatique, réduit progressivement les terres agricoles et fragilise les moyens de subsistance de milliers de personnes vivant autour des lacs.

Un vent fort et chaud, accompagné du sable suspendu dans les airs. C’est cette réalité qui domine dans plusieurs villages du cercle de Bintagoungou. Les populations assistent, souvent impuissantes, à l’ensablement des lacs et à la disparition progressive des espaces cultivables.

Une situation qui menace à la fois l’environnement, l’économie locale et la stabilité sociale de toute la zone.

Pour comprendre les causes et les conséquences de ce phénomène, nous avons rencontré plusieurs acteurs du secteur de l’agriculture et des autorités locales.

Une double menace sur les ressources naturelles

Hamma Abacrine est maire de la commune rurale de Bintagoungou et président de l’union des coopératives du système Faguibine. Selon l’élu local, l’ensablement résulte de la combinaison de facteurs humains et climatiques.

 « Il y a deux causes principales. D’abord, il y a l’action humaine. Depuis la première rébellion en 1992, les services techniques de l’État qui doivent veiller sur l’environnement ne sont plus là », déplore M. Abacrine.Et le maire de poursuivre « Compte tenu aussi de la sécheresse des lacs, les gens se sont retournés vers la forêt. Personne n’est là pour les empêcher et la sensibilisation a des limites ».

À cette pression exercée sur les ressources naturelles s’ajoute une autre menace majeure, le manque d’eau. Depuis plusieurs années, les crues insuffisantes ne permettent plus une alimentation normale des lacs.

Or, l’eau constitue la principale barrière naturelle contre l’avancée du sable, fait comprendre l’élu local.

« La seconde cause, c’est le changement climatique qui a fait que les lacs ne sont pas suffisamment inondés. Parce que c’est l’eau qui est le frein naturel contre l’ensablement. Quand le lac est suffisamment inondé, l’ensablement n’a pas de place », souligne-t-il.

Des terres agricoles qui disparaissent sous le sable

Les conséquences de cette dégradation sont déjà visibles sur le terrain. L’agriculture et le maraîchage, principales activités économiques de la zone, perdent chaque année des superficies importantes.

Dans certains secteurs, des dunes se forment désormais à l’intérieur même des lacs. Un phénomène qui réduit davantage les espaces exploitables.

« Là où des dunes se forment, ce sont des surfaces perdues. Et dans les lacs, c’est la même chose. Vous voyez à l’intérieur des lacs des zones où des dunes se sont formées. Donc, ça réduit considérablement les surfaces à exploiter. »

Cette réduction des terres cultivables entraîne une baisse des rendements agricoles et accentue la vulnérabilité des ménages.

Aboubacrine Abdoulahi, paysan à Bintagoungou, indique subir directement les conséquences de l’avancée fulgurante du désert.

« L’ensablement des lieux, provoqué par l’avancée du désert, est pour moi l’unique ennemi que nous, cultivateurs, avons de nos jours. À Bintagoungou ici, à cause du sable, nous n’avons même plus accès à nos champs. Alors que nous vivons tous de l’agriculture. »

Une situation aggravée par l’obstruction des chenaux qui relient les lacs au fleuve Niger. Envahis par le sable, ces passages essentiels ne permettent plus à l’eau de circuler correctement vers les zones agricoles.

Des efforts de restauration freinés par le manque de moyens

Face à l’urgence, les communautés locales, avec l’appui de partenaires techniques et humanitaires, tentent de limiter les dégâts.

Des opérations de curage des chenaux, de fixation des dunes et de restauration des espaces dégradés sont régulièrement menées avec le soutien de l’Office pour la Mise en Valeur du système Faguibine (OMVF) et de partenaires tels que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Cependant, ces initiatives restent limitées face à l’ampleur du phénomène.

« L’OMVF dispose d’un programme-cadre de restauration et de développement de la zone. Les mesures existent et tout est prévu pour lutter durablement contre ce phénomène. Malheureusement, ce programme se heurte à un problème majeur de financement », regrette Hamma Abacrine, maire de la commune rurale de Bintagoungou.

L’insécurité alimentaire pousse les populations à l’exode

Au-delà des impacts environnementaux, l’ensablement du système Faguibine entraîne de profondes conséquences sociales.

Dans plusieurs localités, notamment dans les communes d’Essakane et de Tin-Aïcha, de nombreuses familles ont quitté leurs villages à la recherche de meilleures conditions de vie.

Pour Hamma Abacrine, si la situation sécuritaire est souvent évoquée pour expliquer ces déplacements, la véritable cause reste avant tout économique et alimentaire.

« Les populations des communes d’Essakane et de Tin-Aïcha ont eu comme prétexte cette insécurité. Mais ce qui les a amenées ici, c’est surtout l’autre insécurité, qui est alimentaire. Les moyens de survie ne sont pas là. »

Un appel à sauver le Faguibine

Pour les autorités locales et les habitants, l’avenir du système Faguibine dépend désormais de la capacité des pouvoirs publics et des partenaires à mobiliser des financements conséquents et durables.

L’objectif est clair, « restaurer les chenaux, améliorer l’alimentation en eau des lacs et renforcer les actions de lutte contre l’ensablement ».

Sans une intervention à la hauteur des enjeux, préviennent les acteurs locaux, ce sont non seulement des terres et des lacs qui risquent de disparaître, mais également les moyens d’existence de milliers de familles.

Dans cette région du nord du Mali, la bataille contre le sable est devenue une lutte pour la survie.