À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la faim, célébrée chaque année le 15 juin, la situation des personnes déplacées internes au Mali met en lumière les défis persistants liés à l’accès à l’alimentation. Contraintes de fuir les violences dans le centre et le nord du pays, des milliers de familles tentent aujourd’hui de reconstruire leur vie loin de leurs terres, de leurs récoltes et de leurs principales sources de revenus.
À Sévaré dans la région de Mopti, de nombreux déplacés ont dû abandonner leurs activités habituelles pour se tourner vers de petits commerces ou d’autres activités génératrices de revenus.
Originaire de Bankass, un déplacé interne du nom de Hama Barry raconte avoir perdu son élevage ainsi que ses activités commerciales après son arrivée dans la ville. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il s’est reconverti dans la vente d’arachides.
D’autres déplacés venus de Diallassagou expliquent avoir quitté leur village dans l’urgence, sans pouvoir emporter leurs outils de travail. Une situation qui les prive aujourd’hui de leurs principaux moyens de subsistance.
Pour les femmes déplacées, les difficultés sont encore plus marquées. Si elles réclament une assistance alimentaire, elles plaident également pour un accompagnement financier susceptible de leur permettre de relancer leurs activités économiques et de retrouver une certaine autonomie.
L’aide humanitaire, un filet de sécurité indispensable
La prise en charge des personnes déplacées commence par leur identification et leur enregistrement. Cette mission est assurée par les organisations humanitaires en collaboration avec les services du Développement social et de l’Économie solidaire.
Selon Lamine Dolo, responsable local du service du Développement social à Bandiagara, « une attention particulière est accordée aux nouveaux arrivants qui nécessitent souvent une assistance d’urgence ».
Il souligne également le rôle crucial des familles d’accueil qui, malgré leurs propres difficultés, partagent leurs ressources avec les déplacés. Ces ménages hôtes bénéficient eux aussi de certaines formes d’accompagnement.
Face aux déplacements massifs de populations, les autorités locales estiment que la mobilisation rapide des partenaires humanitaires reste essentielle pour répondre aux besoins immédiats, notamment alimentaires.
Sur le terrain, le CICR évalue les vulnérabilités
Dans les zones les plus touchées par l’insécurité, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) mène des évaluations afin d’identifier les besoins réels des populations déplacées.
Pour Emmanuel Lipolis, chef du programme Protection et Prévention du CICR, « l’analyse va bien au-delà des biens abandonnés ou emportés lors de la fuite. Les équipes prennent notamment en compte la composition des ménages, la présence d’enfants, de personnes âgées, de blessés ou encore de personnes vivant avec un handicap ».
L’organisation s’intéresse également à la situation des communautés hôtes, souvent fragilisées elles aussi par le contexte économique et sécuritaire, mais qui continuent d’accueillir les déplacés.
Cette approche vise à fournir une assistance plus ciblée et mieux adaptée aux réalités du terrain.
Si l’aide humanitaire permet d’atténuer les effets les plus immédiats de la crise alimentaire, elle ne constitue pas une solution à long terme. Pour de nombreux observateurs, le retour de la paix et de la sécurité demeure la condition essentielle pour assurer une sécurité alimentaire durable. Cela permettrait aux familles déplacées de retourner dans leurs localités d’origine, de retrouver leurs terres agricoles et de reprendre leurs activités économiques.
En attendant, des milliers de personnes déplacées continuent de lutter quotidiennement pour nourrir leurs familles, dans un contexte marqué par la précarité, l’incertitude et la persistance de l’insécurité.
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